Caricatures : respect des religions ou liberté d'expression ?
Pour Alain Besançon, membre de l’Institut, l’histoire du christianisme montre qu’il est possible de représenter Dieu sans tomber dans l’idolâtrie.
Quelle est la portée normative de l’interdiction de représenter Mahomet ?
Tout le monde peut représenter Mahomet, d’imagination, parce qu’il n’existe pas de prototype fidèle de son visage. Mais cela reste interdit aux musulmans. Aux yeux de l’islam, toute représentation du visage humain est susceptible d’idolâtrie.
Dans l’histoire du christianisme, la question de la représentation de Dieu a-t-elle pu faire débat ?
En pays chrétien, la question s’est posée de la représentation de Dieu. Il n’est pas représentable en tant que tel. Mais puisqu’il a choisi de s’incarner, nous pouvons représenter Dieu sous la forme individuée du Christ. « Qui m’a vu a vu le Père », dit le Christ à Philippe. La querelle iconoclaste a pris fin quand l’Eglise a définitivement compris que l’iconoclasme portait avec lui une certaine négation de l’incarnation. C’était en 843, et c’est de cette date qu’on célèbre chaque année la « fête de l’orthodoxie ». L’Esprit Saint ne peut être représenté, sinon symboliquement, comme il est dit dans le Nouveau Testament : la colombe du baptême du Christ, les langues de feu de la Pentecôte. Le Père a été peu représenté, sinon encore symboliquement sous la figure d’un vieillard : l’Ancien des Jours mystérieux du Livre de Daniel. L’icône du Christ justifie indirectement les icônes des saints : l’honneur rendu à l’icône ne s’arrête pas à elle, mais remonte au prototype. Ainsi est évité le danger d’idolâtrie.
Pensez-vous que les caricatures qui viennent d’être diffusées soient attentatoires à la foi musulmane ?
C’est ce qu’affirment les musulmans. Les manifestations semblent organisées en vue d’imposer aux non-musulmans une certaine « soumission » (ce que veut dire le mot « islam ») à la loi du prophète. C’est un début de la condition de « dhimmi ». La dhimmitude est, je le rappelle, le sort réservé aux juifs, aux chrétiens, aux zoroastriens et aux sabéens selon l’islam. Ils gardent leur vie et leurs biens, moyennant diverses discriminations et un statut d’infériorité.
Ce qui est en jeu dans cette affaire, c’est d’un côté la liberté de la presse et, de l’autre, le respect des croyances. Doit-on tout dire dans une société démocratique ? Si ce n’est pas le cas, où doit s’arrêter la liberté de publier ?
Je tiens essentiellement à la liberté d’expression. Elle est précieuse d’autant plus qu’en la restreignant nous nous « soumettons » à la règle de l’islam et entrons peu à peu dans la « dhimmitude » sans nous en apercevoir.
Quelle est la portée normative de l’interdiction de représenter Mahomet ?
Tout le monde peut représenter Mahomet, d’imagination, parce qu’il n’existe pas de prototype fidèle de son visage. Mais cela reste interdit aux musulmans. Aux yeux de l’islam, toute représentation du visage humain est susceptible d’idolâtrie.
Dans l’histoire du christianisme, la question de la représentation de Dieu a-t-elle pu faire débat ?
En pays chrétien, la question s’est posée de la représentation de Dieu. Il n’est pas représentable en tant que tel. Mais puisqu’il a choisi de s’incarner, nous pouvons représenter Dieu sous la forme individuée du Christ. « Qui m’a vu a vu le Père », dit le Christ à Philippe. La querelle iconoclaste a pris fin quand l’Eglise a définitivement compris que l’iconoclasme portait avec lui une certaine négation de l’incarnation. C’était en 843, et c’est de cette date qu’on célèbre chaque année la « fête de l’orthodoxie ». L’Esprit Saint ne peut être représenté, sinon symboliquement, comme il est dit dans le Nouveau Testament : la colombe du baptême du Christ, les langues de feu de la Pentecôte. Le Père a été peu représenté, sinon encore symboliquement sous la figure d’un vieillard : l’Ancien des Jours mystérieux du Livre de Daniel. L’icône du Christ justifie indirectement les icônes des saints : l’honneur rendu à l’icône ne s’arrête pas à elle, mais remonte au prototype. Ainsi est évité le danger d’idolâtrie.
Pensez-vous que les caricatures qui viennent d’être diffusées soient attentatoires à la foi musulmane ?
C’est ce qu’affirment les musulmans. Les manifestations semblent organisées en vue d’imposer aux non-musulmans une certaine « soumission » (ce que veut dire le mot « islam ») à la loi du prophète. C’est un début de la condition de « dhimmi ». La dhimmitude est, je le rappelle, le sort réservé aux juifs, aux chrétiens, aux zoroastriens et aux sabéens selon l’islam. Ils gardent leur vie et leurs biens, moyennant diverses discriminations et un statut d’infériorité.
Ce qui est en jeu dans cette affaire, c’est d’un côté la liberté de la presse et, de l’autre, le respect des croyances. Doit-on tout dire dans une société démocratique ? Si ce n’est pas le cas, où doit s’arrêter la liberté de publier ?
Je tiens essentiellement à la liberté d’expression. Elle est précieuse d’autant plus qu’en la restreignant nous nous « soumettons » à la règle de l’islam et entrons peu à peu dans la « dhimmitude » sans nous en apercevoir.
