2/17/2006

Doit-on réhabiliter Edgar Faure ?

Edgar Faure a-t-il besoin d’être défendu ? Peut-être, parce tout homme, même original, prend dans l’échelle historique des valeurs, des utilités et des forces, une taille qui ridiculise ses actes et son œuvre.
1908-1988. Qu’en reste-t-il ? Peut-être rien. Edgar Faure est comme ceux dont les manuels d’histoire ne savent pas quoi faire : son nom doit y figurer mais on ne sait pas trop où. Le voici aujourd’hui soumis au châtiment de l’inconfort. Dans l’inconfort de l’histoire, où il n’est ni approuvé, ni condamné.
Ecoutez pourtant l’énumération des voix officielles. Avocat, deuxième secrétaire de la Conférence, député, président de l’Assemblée nationale, sénateur, douze fois ministre, deux fois président du Conseil, agrégé de droit, auteur de romans policiers truculents, et de livres très sérieux, narrateur hors pair, pianiste, auteur de lois, confectionneur de blagues, parolier, vainqueur de procès, polyglotte, traducteur de russe, vulgarisateur de Popper, spécialiste de Turgot, très amoureux de Lucie, académicien, et diable de surdoué...
L’homme aux mille talents entend-il aussi la réplique de ses détracteurs? Girouette, dilettante, intellectuel... Trois mots radicalement éliminatoires pour paraître à la fenêtre de la postérité.
Trois mots ravageurs, inacceptables, comme tous ceux que nous avons tous un jour utilisés contre Edgar Faure : « Cet homme a retourné sa veste », disions-nous.
Mais vous ne savez pas à quel point cet homme est un obsessionnel des mêmes idées.
Vous, conservateurs de droite, heureusement que vous aviez Edgar, pour faire les réformes dont vous êtes congénitalement incapables !
Et vous, progressistes de gauche, comment oser vous plaindre que vos idées, intelligentes, aient été appliquées par un homme qui, lui, savait les mettre au pouvoir !
Parti Radical. MRP. UNR. UDF. UDR. RPR. RGR, peu importe ! Ce sont les partis qui tuent les convictions et brident l’imagination. Ce sont des machines à fabriquer des disciples et à les désespérer. Edgar n’était le disciple de personne et n’en a enfanté aucun. Les partis sont à ses yeux des jouets, qui lui ont rendu au centuple son mépris légendaire.
« Il faut savoir changer de parti pour ne pas changer d’idées. » C’est le Cardinal de Retz qui l’écrit. Exactement ce qu’a fait Edgar.

Arnaud Montebourg est député PS de Saône-et-Loire
(Extrait de l’Eloge d'Edgar Faure prononcé à la rentrée solennelle du Barreau de Paris et de la Conférence des avocats à la Cour d'appel de Paris le 19 novembre 1993)

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