3/10/2006

TGV : le Jura doit-il être solidaire de la Franche-Comté ?

Mardi, au ministère des Transports, une chaise est restée vide au moment de la signature du protocole d’intention préalable relatif au financement de la branche Est du TGV Rhin-Rhône (première phase entre Villers-Les-Pots et Petit–Croix). Gérard Bailly a en effet décliné l’invitation de Dominique Perben. Le député UMP Jean-Marie Sermier avait également fait savoir au ministre qu’il n’assisterait pas à la cérémonie, bien qu’il soit « libre ce jour-là. »
Les deux élus n’en démordent pas : la branche Est telle qu’elle se présente n’a aucun intérêt pour le Jura dans la mesure où elle passe « à sept kilomètres à vol d’oiseau au-dessus de Dole. » « On s’est bagarré pour que le Mulhouse-Besançon-Dijon passe par Dole, rappelle le sénateur qui n’a pas oublié les débats auxquels il a assisté alors qu’il siégeait au Conseil régional. On m’a répondu que ce n’était pas un omnibus ». Bref, « le Jura n’a pas été entendu » et n’a donc pas l’intention de mettre la main à la poche pour une infrastructure qui met en péril la viabilité même de la gare doloise. MM. Bailly et Sermier craignent qu’à l’avenir, il ne reste plus que deux arrêts par jour. Une moindre desserte sans contrepartie.

« Précipitation »

En fait, le Jura a trois exigences : « savoir ce qu’il advient aujourd’hui de la branche Sud, en connaître le tracé et l’échéance. » Depuis longtemps, les politiques réclament une branche Sud qui traverse la Bresse avec un arrêt entre Lons-le-Saunier et Louhans. Dans la pièce qui jouxte le bureau du commissaire européen aux transports Jacques Barrot à Bruxelles, elle existe sur la carte affichée sur le mur, mais de manière imprécise. La branche Sud peut tout aussi bien délester le Paris-Lyon-Marseille par Chalon et Mâcon. « On n’a jamais eu aucun engagement sur rien », se plaint le parlementaire de Cramans.
Pire, ce qu’il constate pour l’heure ne le rassure pas : dans les documents, la branche Ouest est maintenant citée en seconde position et la réalisation de la branche Sud est conjuguée au conditionnel.
Autre interrogation : pourquoi, en l’espace de quelques jours, les conseils généraux sont-ils soudainement devenus signataires alors que dans le premier projet, ils ne l’étaient pas. « Pourquoi cette précipitation ? », se demande Gérard Bailly. Sinon pour pousser le Conseil général du Jura dans ses retranchements. De son côté, Raymond Forni renvoie la balle dans le camp de RFF : le conseil d’administration de Réseau ferré de France attend l’aval des collectivités pour monter le dossier et lancer les appels d’offres dans les délais.
« Qu’on ne nous dise pas que la ligne à grande vitesse ne se fera pas si nous ne signons pas », se défend Jean-Marie Sermier. « Il est hors de question que nous endossions la responsabilité d’une quelconque non faisabilité de ce projet », ajoute-t-il. Surtout compte tendu de la faiblesse de la part de la collectivité territoriale : « 0,5 % du total. » Soit 13,3 millions d’euros sur 317 millions d’euros. Si cette somme n’est pas abondée, Gérard Bailly souligne que les contribuables jurassiens, par l’impôt régional, apporteront déjà 42 M€. « Ce qui n’est pas si mal pour n’avoir ni ligne ni gare. »

Session extraordinaire

Enfin, dernière raison pour expliquer le refus jurassien : le chef de l’exécutif n’a pas été mandaté par l’assemblée départementale pour parapher le document.
« Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on prend cette décision », termine Fernand Janet, premier vice-président du Conseil général. Le Jura attend maintenant beaucoup de la visite programmée le 10 avril avec Jacques Barrot. Gérard Bailly accompagnera le président du Conseil régional qui, par ailleurs, se dit prêt à défendre à Lons-le-Saunier son projet dans l’hémicycle si les conseillers généraux sont convoqués à une session extraordinaire.

Franck Lacroix

3/03/2006

Grippe aviaire : fausse alerte à Montmorot

Découverte des poussins. Il neige ce mardi matin sur Montmorot. Les prés sont blancs autour de la ferme du lycée agricole. Les voitures stationnées sur le parking sont également recouvertes par la poudreuse. Les élèves ont repris les cours depuis la veille, après quinze jours de vacances. Ils ne savent pas encore qu’à quelques mètres, cent cinquante poussins de quatre à cinq semaines viennent d’être découverts sans vie dans l’élevage de 2 000 poulets élevés selon les normes de l’agriculture biologique. Que s’est-il passé ?
La présence du virus H5N1 dans l’Ain est dans toutes les têtes. La Dombes et la Bresse sont si proches à vol d’oiseau. Aussi le Jura s’attend-il d’un jour à l’autre à enregistrer son premier cas de grippe aviaire. « Nous avons été saisis de quelques cas d’oiseaux morts, indique Christian Rouyer, préfet. Un premier tri a été effectué à Lons et nous avons fait trois envois à Dijon, qui se sont tous révélés négatifs. »
Très vite, une autre hypothèse est envisagée pour les volailles mortes du Legta. Lundi, une « manipulation d’élevage » a eu lieu. Une pratique courante, comme l’indique Jean-Pierre Badin, administrateur du Comité interprofessionnel de volailles de Bresse : « On reçoit les poussins à un jour. On les met dans une poussinière, c’est-à-dire un local fermé et étanche, chauffé à 25°C en permanence. Il y reste les trois premières semaines. Après, on les transfère dans un espace plus grand ». Et le négociant de Courlaoux d’étayer l’hypothèse que les autorités n’écartent pas : « Ils sont peut-être morts étouffés suite à une baisse de température, à un bruit inconnu qui leur a fait peur, au passage de la lumière artificielle à la lumière naturelle ou encore à celui du copeau à la paille. » Des accidents que la profession sait gérer. Mercredi matin, tandis qu’il se rend à une « visite cantonale » à Poligny, avant d’inaugurer la mairie d’Oussières à 18 heures, cette explication reste « la plus probable » pour Christian Rouyer.
w Précaution d’usage. Mais le contexte impose à la préfecture des mesures de précaution. « J’ai demandé à ce que la ferme soit isolée, jusqu’aux résultats des analyses », précise le représentant de l’État. La situation géographique de l’exploitation, que le successeur d’Aïssa Dermouche a visitée il y a quelques semaines, facilite cette mise en quarantaine. « Je connais bien l’endroit », dit-il. Les bâtiments sont situés à l’écart de l’établissement scolaire et des habitations voisines. Des policiers prennent position pour en interdire l’accès. Le maire de Montmorot, Robert Choulot, en déplacement à Dijon, est prévenu par la préfecture. Où une cellule de crise se réunit en début d’après-midi. Elle enregistre qu’aucun élève n’a eu à se rendre dans l’élevage. Plus tard, le proviseur, son adjoint et deux conseillers principaux d’éducation passeront dans les classes pour informer les jeunes de ce qui se passe. Et les inviter à ne pas propager des informations alarmistes.
Quand les journalistes arrivent au même moment sur les lieux, le proviseur du lycée agricole, un sac en plastique rempli de sandwiches à la main, s’étonne d’ailleurs de leur présence. « Pourquoi êtes-vous là ? », leur demande Jean-Louis Favier pour qui, l’hiver, « c’est normal » de retrouver des volailles mortes. Surtout quand le froid est bien présent. Météo France, qui a l’une de ses stations dans la commune, a enregistré une « situation classique ». Il a fait – 2,9°C dans la nuit de dimanche à lundi, +4,6°C dans la journée de lundi et –4,7°C dans la nuit de lundi à mardi.
Avec « les précautions d’usage », des prélèvements ont été faits et transmis au laboratoire départemental d’analyses de Bourg-en-Bresse. « S’il y a suspicion », ils seront acheminés au laboratoire de référence de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), situé à Ploufragan (Côte d’Armor). Pour l’heure, aucun autre cas suspect concernant le département n’est à l’étude.
w Une longue journée d’attente. Mercredi, l’information est encore confidentielle. Le Progrès, en grève et donc absent des kiosques, n’a pas publié le reportage effectué la veille. De même, aucune image sur France 3 dans son journal de mardi soir ou du lendemain qui fait la une sur les nouvelles chutes de neige. En préfecture ou encore à la Direction des services vétérinaires (DSV), qui refuse de répondre aux questions de la presse par téléphone, on attend avec impatience des nouvelles de Bourg-en-Bresse. À Montmorot, des cônes de chantier ont remplacé les policiers en faction. Le lycée agricole, qui dépend du ministère de l’Agriculture, sait ce qui l’attend si le virus qui fait la une de l’actualité depuis maintenant plusieurs mois était repéré dans son exploitation : la fermeture, comme le confirme le ministère de la Santé.
w Le soulagement. Par chance, il n’en sera rien pour le millier de personnes qui fréquentent l’école. Vers 16 heures, la préfecture est en effet prévenue que la grippe aviaire n’a rien à voir avec la mort des 150 poussins. Elle en informe aussitôt toutes les personnes qui suivent le dossier, dont le maire de Montmorot qui ne cache pas son soulagement. Un sentiment largement partagé. Ce n’est que partie remise, craint-on toutefois dans les milieux officiels pour qui, du coup, se reposent la même interrogation : quand et où le H5N1 arrivera-t-il dans le Jura ?

Franck Lacroix