5/24/2006

Présidentielle : et le projet ?

Ce serait donc lui, ce serait donc elle. Le dernier baromètre TNS Sofres-Unilog, Le Figaro, LCI plébiscite Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Par expérience, on se méfiera de ces résultats, même s’ils se confirment dans d’autres enquêtes. Sinon, Edouard Balladur et Lionel Jospin auraient déménagé en leur temps à l’Élysée. Le scrutin présidentiel n’apprécie guère que l’on vende la peau de l’ours avant qu’il ne soit tué. En outre, les électeurs aiment à mélanger les cartes au moment du dernier tour de piste. Par deux fois, Jacques Chirac en a profité. Les as avaient changé de mains.
Le couple vedette doit donc tenir encore quelques mois s’il veut rompre avec cette tradition de la Ve République. À l’automne, les dés en seront jetés. L’été s’annonce meurtrier. Les adversaires de M. Sarkozy et ceux de Mme Royal le savent. À gauche, c’est encore plus vrai qu’à droite. La présidente de la Région Poitou-Charente dérange. Lionel Jospin qui espérait incarner le rôle de l’homme providentiel, Jack Lang qui croit dur comme fer que son tour est venu, Laurent Fabius qui veut surfer sur la vague non’iste du référendum européen, Dominique Strauss-Kahn… Tous attendent que la compagne de François Hollande commette l’erreur irréparable. Et retrouve une stature qu’elle n’aurait jamais dû quitter. En tout cas, selon eux. Occupez-vous de mes ennemis, mes amis je m’en charge !
« Aujourd'hui, nous parlons trop de candidature et pas suffisamment de projet », s’est plaint François Hollande dimanche sur Europe 1. La veille, le premier secrétaire s’était senti un peu seul à Marseille. Les socialistes qui y étaient réunis s’attelaient aux questions d’éducation dans le cadre de la préparation de leur projet pour 2007. Cette fois encore, aucun des présidentiables du parti n'avait assisté aux débats. Ceux-ci préférant garder pour eux leurs bonnes idées. Il ne manquerait plus qu’un autre exploite leur mine d’or.
Les partis ont voulu des statuts plus démocratiques qui permettent à leurs adhérents d’élire leurs représentants aux grandes élections. La volonté est louable mais la mise en œuvre a ses inconvénients. Il souffle désormais un vent électoral permanent dans les familles politiques. Prenez le PS : à peine sorti de son congrès du Mans, le voilà désormais en quête d’un candidat (ou d’une candidate). Puis il y aura la (vraie) campagne. Du coup, il ne reste plus beaucoup de temps pour préparer un programme.
En 2007, la France aura un président de la République. On n’en doute pas. Mais de véritable projet qui lui redonne une santé, elle risque de devoir s’en passer.