6/14/2006

Après le suicide de trois prisonniers de Guantanamo

D’abord les faits : samedi, trois prisonniers de l’enclave américaine située au sud de Cuba, Guantanamo, se sont pendus dans leurs cellules. Il s’agit de deux Saoudiens et d’un Yéménite du « camp n°1 » où sont regroupés les détenus bénéficiant de quelques avantages pour bonne conduite. Ils auraient utilisé des draps et des vêtements.
Ce suicide n’arrange pas les affaires de Georges W. Bush, qui avait pourtant matière à satisfaction avec la récente mort de l’islamiste al-Zarquaoui. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la fermeture de cette prison d’exception, considérée comme une « anomalie » par le Premier ministre britannique Tony Blair.
Depuis quatre ans et demi, elles abritent des captifs sans inculpation ni procès, à l’exception de dix d’entre eux. Si trois cents détenus ont été renvoyés dans leurs pays d’origine sans qu’on en connaisse les raisons, quelque 465 — dont un quart de Saoudiens, de nombreux Yéménites et Afghans — attendent toujours d’être fixés sur son leur sort. Pour les Etats-Unis, il ne s’agit pas de « prisonniers de guerre » mais d’ « ennemis combattants ». Ils justifient ainsi le non-respect de la convention de Genève. Peut-on l’accepter de la part d’une grande démocratie ? Certes, non. « Un système sans justice est un système sans espoir », a d’ailleurs déclaré Bill Goodman, du Centre pour les droits constitutionnels à New York.
Rares sont ceux qui prennent pour argent comptant la version officielle selon laquelle le geste des trois suicidés aurait été « planifié, pas spontané ».
« Nous voudrions mettre fin à Guantanamo », a déjà déclaré la Maison blanche. Il faut pour cela trouver une porte de sortie juridique. Elle pourrait venir de la Cour suprême qui doit statuer sur la légalité de ces juridictions d’exception au regard de la constitution américaine.
Qu’on ne s’y méprenne pas, les pensionnaires ne sont pas des enfants de chœur. Qui sait, leur détention a peut-être permis d’éviter des attentats. Ils ont peut-être livré des informations utiles dans la lutte contre le terrorisme. Mais aujourd’hui ? Selon Georges W. Bush, certains, « s’ils étaient lâchés dans la rue, causeraient beaucoup de mal. »
Sauf que leur enfermement nuit déjà aux États-Unis. Il abîme leur image en Occident. Du coup, la communauté internationale, culpabilisant de sa complicité, commence à regretter d’avoir autorisé le transit d’avions de la CIA pour acheminer les détenus à Cuba et à dénoncer l’existence d’autres camps, secrets ceux-là. Surtout, il donne du grain à moudre à leurs ennemis. C’est peut-être ce qu’il y a de plus dangereux.

6/08/2006

Mondial 2006 : le destin de la France en jeu

Jamais la planète n’est aussi ronde qu’au moment de la coupe du monde de football. Impossible en effet d’échapper à l’événement qui, cette année, se déroule en Allemagne.
Le football a pour lui d’être magique. Dans un dossier, nos confrères de La Vie ont même montré qu’il pouvait être à l’origine d’une grande religiosité. Les joueurs qui s’adressent à Dieu pour les aider à vaincre sont légion. Ici, c’est le Portugais Cristiano Ronaldo, catholique pratiquant, qui implore le ciel, juste avant de tirer un pénalty contre la Grèce en coupe d’Europe. Là, c’est le Brésilien Ronaldinho qui prie avant et après chaque match. Chacun espère un miracle.
Le premier n’est-il pas la parenthèse qui va s’ouvrir un mois durant ? Oubliés les salaires mirobolants des stars du ballon rond, les scandales qui secouent l’Italie et la Belgique… On pardonne tout. On ne veut pas gâcher la fête. Dans son édition du 1er juin, Le Monde rappelait à la conscience collective que Johnny Hallyday, en octobre 2003, avait déclaré sur Canal + avoir séjourné dans une clinique suisse spécialisée dans l’oxygénation du sang, révélant ensuite que l’adresse lui avait été recommandée par... Zinédine Zidane. Mais on ne touche pas à la personnalité préférée des Français après l’abbé Pierre. L’information est, du coup, restée inaperçue.
Dans d’autres pays, les mêmes icônes sont autant d’échappatoires à des réalités qui font en temps normal froid dans le dos. En Côte d’Ivoire, pour la première fois qualifiée de son histoire, la guerre civile fait une pause pour l’occasion. En Iran, le Mondial est une chance en or pour ce pays d’améliorer son image sur la scène internationale.
En France, les Ségolènophobes, les anti-Sarkozy, les lassés de l’affaire Clearstream ou encore les révoltés du lundi travaillé de la Pentecôte pourront eux aussi souffler un peu. Et se dire que le destin de la nation est en jeu. Deux exemples : que les surhommes de M. Domenech remportent cette compétition, Dominique de Villepin se frottera les mains. Sa cote de popularité grimpera mécaniquement. De même, les black-blanc-beur feront aussitôt oublier les émeutes de l’automne. On vantera alors les mérites de l’intégration à la française dans un pays où des slogans demandent aux étrangers de le quitter s’ils ne l’aiment pas.
Par contre, que le scénario de Séoul vienne à se répéter, déjà que le soleil joue les remplaçants sur les bancs de touche, notre pays touchera alors le fond de la barrique. Il aura bien du mal à s’en relever.